samedi 24 août 2013

Mali : Le crépuscule des ‘vampires’ de la démocratie

Mali : Le crépuscule des ‘vampires’ de la démocratie


« La valeur d’un Etat à la longue, c’est la valeur des individus qui le composent. Un Etat qui rapetisse les hommes pour en faire des instruments dociles entre ses mains, un tel Etat s’apercevra qu’avec des petits hommes rien de grand ne saurait s’accomplir »
John Stuart Mill
L’héritage de IBK ressemble à un véritable champ de ruines. Il sera plus lourd à porter sans aucun doute, plus lourd que celui de l’UDPM en 1991. Deux décennies de ‘démocratie’ à la malienne ont fait faner bien de promesses et balayé bien d’espérances. Le plus difficile à reconstruire, ce ne sera pas les ruines matérielles mais plus sûrement la débâcle humaine. La longue dérive de l’homme malien depuis le coup d’Etat de 1968 a atteint sous l’ère ‘démocratique’, le stade de la putréfaction.
Au début des années soixante, le Malien était pétri des valeurs du Soudanais, opprimé certes pendant la période coloniale, mais reconnu et respecté pour son sérieux, son intégrité morale, son goût du travail bien fait, son ardeur à la tâche, enfin et surtout pour son patriotisme.
Qu’est-il devenu?
Triste bilan, triste spectacle, triste comportement surtout au niveau des cadres et des élites politiques et sociales.
Comment a-t-il pu tomber si bas ?
Et que faire pour reconstruire ce Malien ?
Un véritable défi pour le Président nouvellement élu !
Par où commencer sur un terrain miné où tout peut exploser à tout moment ?
Il faudra du courage voire du culot mais aussi et surtout une lucidité extrême pour affronter une situation aussi complexe. On peut résumer sa tâche à deux défis majeurs et concomitants : changer à la fois le système et les hommes dont il a hérité. Il n’ya pas d’autre alternative.
Mais avant d’analyser les pistes de solutions éventuelles, examinons le contexte politique du moment.
L’annonce des résultats partiels lors du premier tour des dernières présidentielles par le Ministère de l’Administration territoriale avait fait souffler un vent de panique au sein des forces politiques coalisées au sein du FDR. Leur défaite électorale avait l’air d’une véritable raclée au regard des moyens financiers colossaux mobilisés et des certitudes acquises (habitudes et méthodes utilisées pour gagner les élections par le passé). La réclamation tonitruante de la démission du Ministre et de la mise en place d’une commission internationale de dépouillement des bulletins de vote traduisaient l’inquiétude de ceux qui, deux décennies durant, avaient conduit le Mali au désastre. Criant à la fraude dont ils étaient les champions au cours des élections passées, ils avaient de la peine à comprendre que le glas avait sonné pour eux, inquiets d’avoir à rendre des comptes, après leur débâcle prévisible au second tour. L’impressionnant butin de guerre soustrait des biens publics n’y fit rien. D’où l’agressivité et la violence des propos tenus. Ce fut un coup de tonnerre dans leur ciel qu’il croyait serein depuis la mise sous tutelle du pays par la CEDEAO et l’intervention française. Sûrs du soutien des occidentaux, ils croyaient pouvoir l’emporter facilement.
La mobilisation populaire fut la première grande surprise des présentes élections, 51,5% au premier tour, selon les estimations officielles. Elle ne joua pas du tout en leur faveur, bien au contraire. Le raz de marée du second tour avec près de 78% de l’électorat en faveur de IBK les tétanisa. Incrédules, ils continuèrent à crier à la fraude, au bourrage des
urnes, en accusant pêle-mêle l’appareil administratif, les militaires, les religieux et même les partenaires occidentaux dont ils se proclamaient pourtant être les disciples fort appréciés. Il a fallu de leur part de fortes pressions et de sévères mises en garde pour qu’ils se plient à la reconnaissance du bout de lèvres d’une défaite aussi cuisante. Mauvais perdants, ils continuèrent par voie de presse à parler de fraudes massives pour soulager leur amertume. Une telle attitude de leur part n’est pas surprenante.
Pour tout observateur averti de la scène politique malienne, un tel dénouement était prévisible, en raison du rejet généralisé de la classe politique discréditée en grande partie auprès des populations. Les faibles taux de participation ne dépassant guère les 30% aux élections organisées ces vingt dernières années en sont une indication.
Le FDR avait malheureusement réussi, à travers sa dénonciation tonitruante du coup d’Etat militaire du 22 mars 2012 et la diabolisation outrancière du Capitaine Sanogo, à masquer la situation tragique qui était celle de la démocratie malienne tant vantée à l’extérieur et partant sa responsabilité écrasante dans le désastre survenu. Aujourd’hui les élections passées mettent à nu le champ de ruines qu’ils ont laissé.
Se relèvera-t-il de la gifle électorale administrée par l’écrasante majorité des Maliennes et des Maliens ?
La conséquence immédiate de la défaite du FDR fut son implosion dès le premier tour. Le signe distinctif fut l’appel à voter IBK du candidat de l’ADEMA. Comment ce parti créé dans des conditions historiques exceptionnellement favorables, a-t-il pu dilapider tout le capital d’espoir placé en lui en un laps de temps si court ? Il faudra certainement remonter aux années Alpha Oumar Konaré pour comprendre une telle déchéance. L’entrée massive en politique d’opportunistes, le mélange détonnant entre affairisme et politique injecté à fortes doses par le clan dit CMDT, ont radicalement changé la donne politique. Depuis cette période, on entre en politique comme en affaires. L’argent a pollué les convictions politiques. De nouveaux responsables politiques sans passé militant surgirent du néant comme une génération spontanée. Leur succès fit école et façonna durablement le monde politique malien. Les coups bas et les trahisons devinrent la règle au sein de la nouvelle maffia politique. IBK lui-même en fut une des illustres victimes lors de son éjection de l’ADEMA. Bien des militants de la première heure, écoeurés, désertèrent les rangs. Il faudra revenir, un jour, sur l’histoire politique de la démocratie malienne et ses conséquences sur bon nombre de militants poussés par désespoir à se réfugier dans l’alcool ou dans des drogues spirituelles encore plus néfastes. Le triomphe momentané du jihadisme armé n’est-il pas à rechercher là aussi ?
Trahi principalement par les siens, le candidat de l’ADEMA, préféra rompre le contrat de dupes qui le liait au FDR, refusant ainsi d’être fagocité dans un avenir proche par une URD qui avait réussi à avoir des alliés sûrs au niveau des cercles dirigeants de l’ADEMA par clan CMDT interposé, portant un coup rude au schéma de recomposition politique projeté.
Un autre dindon de la farce fut le FARE de Modibo Sidibé. Son inexpérience politique, sa filiation à ATT auquel il doit avant tout sa fulgurante ascension politique le desservit. Il ne fit aucun effort pour se démarquer de son mentor devenu largement impopulaire. Pouvait-il faire autrement ? Il commit l’erreur de s’affilier au FDR au lieu de chercher à construire son autonomie politique plus porteuse d’avenir. La défaite sévère qui doucha ses espoirs risque de sceller son destin politique. Sa formation politique n’a aucune assise populaire. Elle est surtout composée de cadres, souvent opportunistes qui l’abandonneront probablement pour aller s’abriter dans les cercles du pouvoir comme à l’accoutumée.
Quant à l’URD, sa défaite est principalement celle de son chef largement inexpérimenté en politique et sans passé militant. Son ascension politique fulgurante, il la doit avant tout à Alpha Oumar KONARE et aussi à son appartenance au fameux clan CMDT qui
infiltra largement l’ADEMA. Sa position comme ministre des finances durant de longues années, la stratégie d’infiltration de l’appareil d’Etat et surtout des secteurs juteux de l’économie nationale lui donna des ambitions politiques qu’on était loin de soupçonner. Son manque de charisme, sa liaison intime avec les milieux d’affaires voire affairistes, son mépris du peuple qui n’est à ses yeux que du bétail électoral qu’on peut s’offrir en faisant claquer des billets de banque, l’absence de leadership conséquent au niveau de sa formation politique, les maladresses accumulées lors de sa campagne finirent par le faire paraître comme l’héritier principal du système responsable du désastre infligé au pays. Le monde qui a été le sien, est loin du pays réel qu’il ne connaissait point. Il plane sur un nuage, celui d’un monde de parvenus devenu le sien. La chute fut brutale parce que jamais imaginée. D’où la hargne à faire porter le chapeau au ministre chargé des élections, aux fraudes imaginaires que son clan fabriqua sans aucun début de preuves, aux accusations diverses, ce qui aggrava son impopularité. Que lui réserve l’avenir ? Il lui sera difficile de porter le manteau de l’opposition, n’y étant pas préparé, habitué comme tant de gens entrés accidentellement en politique d’être du ‘bon côté’, celui du pouvoir. Sa renaissance politique parait bien compromise.
Quant à la COPAM, elle est restée une coalition hétéroclite et circonstancielle, sans visage idéologique précis et sans capacité à offrir une alternative politique crédible. Elle était pourtant porteuse au départ de tant d’espérances. Son activisme débordant, son manque criant de sens de l’organisation, les nombreuses fautes tactiques commises, son immaturité idéologique, la suprématie des ego sur l’action collective, le dogmatisme théorique de certains de ses dirigeants, sa direction politique confiée à un opportuniste notoire qui a traversé tous les régimes, finirent par dérouter l’enthousiasme populaire qui lui donnait quelque consistance au départ. Son soutien excessif et maladroit de la junte, sans aucun esprit critique, son refus de se centrer dans une dynamique réelle de construction d’un véritable pôle alternatif des forces de gauche, brisa son élan de départ et finit par éloigner ses nombreux sympathisants du départ. Le matraquage forcené de la presse nationale et étrangère, la diabolisation de certains de ses leaders firent le reste. Mais son échec relève avant tout de sa propre responsabilité et de son manque de clairvoyance politique.
En ce qui concerne l’émergence politique de IBK et sa victoire écrasante aux élections présidentielles, elles viennent essentiellement du fait que s’est cristallisé autour de lui le rejet du système ATT dont il a su intelligemment se démarquer lors du dernier mandat de ce dernier, tout en participant à son gouvernement. Il sut à certains moments marquer opportunément sa différence. A sa chute, il sut éviter de faire chorus avec le FDR. Nouant des relations tactiques occasionnelles avec la COPAM, il ne s’est pas enfermé dans un clan quelconque. Ses prises de position marquées sur la question du Nord, son affirmation de la souveraineté nationale, le firent apparaitre comme le point focal des espérances populaires. Les nombreux appels à voter pour lui au second tour et son score sans appel ont consacré le triomphe d’un discours politique structuré et d’une tactique intelligente qui le place à un carrefour historique.
Il doit opérer une rupture avec un système politique honni des Maliens et bâtir un nouveau leadership capable de leur redonner confiance.
Cependant sa marge reste étroite.
D’abord en raison de la lourde présence des forces étrangères et de leur tutelle pesante, à commencer par celle de la France.
Quel va être son espace d’autonomie face à tant de pesanteurs et surtout d’intérêts en jeu?
La réponse à cette question parait essentielle. Elle commande son avenir politique voire son destin. Sa seule chance réside dans la construction et la consolidation d’un appui populaire consistant et constant.
Pour ce faire, la convocation dans les premières semaines de son mandat d’Assises nationales, populaires et souveraines s’avère être une nécessité incontournable. Ces assises doivent rompre avec le schéma classique des conférences nationales où les acteurs politiques et sociaux se cooptent entre eux au niveau de la capitale. Il faut instaurer de vrais débats sur toutes les questions d’intérêt national, y compris la question du Nord, depuis les villages et les hameaux, des débats locaux impliquant toutes les communautés à la base, les faire remonter au niveau des communes rurales et urbaines, au niveau des cercles et régions jusqu’au niveau national où se fera la synthèse. A l’occasion, de nouveaux leaderships remonteront de le la base au sommet et permettront de faire émerger de nouveaux acteurs politiques et sociaux plus représentatifs des populations.
Les défis qui attendent le pays seront abordés et traités et cela tracera ainsi la nouvelle feuille de route de son mandat avec l’approbation populaire. Les questions de la reconstruction de l’Etat, de la refonte des institutions, de la relecture de tous les textes fondamentaux (Constitution, Charte des partis, Code électoral, etc) permettront de redéfinir un nouveau cadre et de nouvelles conditions à l’exercice démocratique conformément à la volonté populaire. Il ne sert à rien de se précipiter à organiser des élections législatives et communales sans tenir au préalable ces assises nationales. Elles seules renforceront la légitimité du nouveau président et lui donneront la caution nationale indispensable pour opérer les changements attendus et entamer la résolution des graves problèmes que le pays affronte aujourd’hui. Sans soutien populaire, ce sera un échec cuisant et on ne peut pas se le permettre. Le 26 mars 1991 et le 22 mars 2012 furent des occasions ratées. Un nouvel échec plongera le pays dans une spirale infernale.
Il ne faut pas se faire d’illusions. Il n’y aura pas de miracle. IBK n’est pas un nouveau messie, ni un magicien. Seul, il n’y arrivera jamais. L’accompagnement militant des patriotes lui est indispensable. C’est à lui de le solliciter et de le garder comme un précieux atout. Il ne s’agira point de tout régler en un seul mandat. Cela est impossible. Il lui faudra tracer avec détermination et sans faiblesse les sillons du Mali nouveau. Pour cela, premier signal fort, il lui faudra constituer une équipe de patriotes intègres, sérieux et compétents, reconnus comme tels par l’écrasante majorité des populations.
La solution des problèmes cruciaux du pays passe nécessairement par l’assainissement et la reconstruction de l’Etat et des différentes institutions et cela dès le départ. Pour vaincre un système aussi pourri, il faut l’attaquer aussitôt. Hésiter ou patienter lui donnera le temps de s’adapter et de devenir encore plus vicieux.
Il faut mettre un terme à la gabegie de la multiplication des institutions. Une démocratie incapable de s’autofinancer et obligée de recourir à des subventions étrangères pour financer ne serait-ce que les élections n’est pas une démocratie viable. La multiplicité des institutions n’est nullement signe de vitalité démocratique. Il ne sert à rien de singer l’Occident. Privilégions les modèles et solutions endogènes en interrogeant avec un esprit critique l’histoire de nos civilisations et le génie de nos peuples. Une bonne Cour Suprême pourrait valablement faire le travail de l’actuelle Cour Constitutionnelle et à moindre coût. Des assemblées régionales fortes élisant les Gouverneurs de régions pourraient englober les actuels Haut Conseil des Collectivités et Conseil Economique et Social avec un mandat plus large et effectif. Le renforcement du pouvoir législatif et l’élection du Président de la République par l’Assemblée Nationale aboliront bien de dérives. La réduction des services de contrôle à uniquement deux systèmes de vérification, l’un interne et l’autre externe et leur érection en institutions autonomes avec un pouvoir étendu permettraient une lutte plus efficace contre la corruption.
La reforme de l’administration d’Etat, le recrutement des directeurs de services centraux et nationaux par appels à candidature sur la base d’un mandat détaillé, des objectifs précis à atteindre et une obligation de résultats dans un chronogramme déterminé permettront
de responsabiliser les cadres et de les évaluer correctement en mettant fin au clientélisme, à la complaisance et à l’impunité.
La question de la restructuration de l’ensemble des forces armées et de sécurité est aussi une question urgente. A cet effet, il faut ramener tous les porteurs d’uniformes de l’Etat dans leurs corps d’origine. Il faut les assainir, les redimensionner, les professionnaliser et encadrer strictement les conditions d’accès au champ des responsabilités civiles et politiques.
Quant à l’Education, son état de décomposition est si avancé qu’il est impossible de la gérer dans le cadre du système actuel. Il faut obligatoirement la réformer. Il faut créer un nouveau corps enseignant constitué par les meilleurs agents de l’Etat. L’enseignement doit se construire sur un corps d’élite à qui l’Etat doit accorder les meilleures conditions de vie et de travail. N’importe qui ne doit pas être enseignant. Il faut y attirer les cadres les plus compétents et les plus performants avec une exigence de résultats. A cet effet des habilitations à enseigner pour une durée déterminée leur seraient délivrées. Leur renouvellement serait soumis à des critères de performance. Ils doivent aussi souscrire à un code de déontologie obligatoire. Un code éthique sera aussi établi pour les apprenants, élèves et étudiants. Leur violation devra entrainer des sanctions exemplaires.
Le redressement de l’appareil judiciaire passe par son assainissement et sa réorganisation. Le prétexte de l’indépendance de la justice a souvent donné lieu à bien de dérives. La seule façon effective de démocratiser la justice résidera certainement dans la multiplication du système des jurés en impliquant les citoyens dans la prise des décisions de justice. Là aussi, il serait tout à fait indiqué d’interroger nos systèmes traditionnels de justice.
La question foncière, celles des terres agricoles, des domaines de l’habitat, des concessions minières et autres ont fait l’objet de bien de spéculations, tant au niveau de l’Etat que de ses démembrements, qui ont largement spolié les populations. Elle a donné naissance à des scandales d’enrichissements illicites jusque dans les communes urbaines et rurales. Il faut y mettre vigoureusement un terme. Un audit est nécessaire pour remettre les populations spoliées dans leurs droits.
Repenser la politique économique du pays est une nécessité stratégique en raison de l’échec des politiques d’ajustement et de privatisation imposées par les bailleurs de fonds et des politiques d’aide au développement. Cela passe par la prise en main par l’Etat, désormais stratège de la politique économique du pays, des instruments de souveraineté nationale indispensables à cet effet. L’extension phénoménale de l’économie informelle, la transformation des rues de nos villes en marchés, des façades de domiciles privés en boutiques, la généralisation de l’import-export n’ont abouti à aucun développement significatif. Bien au contraire. Elles ont largement contribué au renchérissement du coût de la vie du fait de la multiplication des intermédiaires improductifs entre les producteurs et les consommateurs, favorisé la spéculation et la corruption au niveau de l’attribution des marchés publics à des opérateurs économiques fictifs.
Il faut réorienter l’économie nationale vers la transformation des ressources nationales par des politiques volontaristes favorisant l’émergence d’une nouvelle génération de capitaines d’industrie. A cet effet il faudrait revoir l’ensemble des codes d’investissement. Il faut également assainir le système administratif et financier de l’Etat et y faire observer le principe de la mobilité du personnel afin d’éviter la patrimonialisation par certains cadres des circuits de l’appareil d’Etat.
Pour donner le ton, un signal clair doit être donné à travers la dénonciation des marchés, concessions et autres actes abusifs de cession des biens de l’Etat par les autorités de la Transition. De même pour les nominations outrancières faites pour caser des proches.
Un audit de l’Etat est indispensable. Il doit remonter aussi loin que possible et exiger des comptes. A cet effet, il convient de revoir la question de l’immunité de nos dirigeants. Elle doit se limiter exclusivement à l’exercice strict du mandat détenu et du champ de
compétence de l’élu. Tout acte posé en dehors de la loi doit donner lieu automatiquement à sa levée.
La généralisation du principe de la limitation de tous les mandats, y compris au niveau des partis politiques, des syndicats et des associations, contribuera à valoriser l’alternance indispensable en démocratie.
De nombreuses réformes sont possibles pour revitaliser la pratique démocratique dans notre pays. Il convient à cet effet de créer une capacité nationale autonome de réflexions stratégiques multidisciplinaires en dehors des paradigmes actuels. Valoriser les cadres nationaux les plus compétents, mettre à contribution la diaspora malienne à travers le monde, l’intelligentsia africaine voire celles d’autres pays du Sud voire du Nord, en capitalisant les expériences positives tentées ailleurs, contribuera à booster la recherche scientifique indispensable à l’éclosion d’alternatives créatrices. Tous les centres nationaux de recherche pourraient être restructurés et ramenés à un organisme unique qui conduira la politique nationale en matière de recherche. Cela qualifiera davantage notre système éducatif et partant l’économie nationale. Tous les centres de formation éparpillés dans les différents ministères doivent aussi être ramenés à un seul niveau pour un contrôle de qualité et d’efficience.
Le souffle purificateur du changement doit passer partout où cela est nécessaire voire indispensable. Cela est possible dès lors que la volonté politique existe. La mobilisation populaire en sera le soutien ferme dès lors que sera instauré fermement le principe de vérité, de justice et d’équité pour tous.
Il est illusoire de croire que cinq années y suffiront. Tout n’est pas possible en même temps. Il faut dire la vérité aux populations sans démagogie aucune. Il faut dégager des priorités et tracer les limites du possible à chaque étape. Il faut respecter les engagements pris en toue responsabilité. Le renforcement du contrôle populaire pourra y contribuer efficacement.
Tous les espoirs sont permis si nous nous réunissions autour de l’essentiel, du « Mali d’abord » comme le disait un des slogans principaux du candidat IBK. Certes la situation est extrêmement difficile mais l’espoir reste permis. Il nous faut un leadership ferme, intransigeant sur les questions d’intérêt national dans la solidarité et la transparence.
Pour relever les défis actuels, il nous faut faire preuve à la fois de lucidité et d’esprit créatif. Il n’existe pas de solutions toute faites. Pas de fatalité non plus. Il nous revient de forger notre propre destin. Pour cela, soyons responsables et exigeants face à nous-mêmes. Ceux qui présideront à nos destinées auront certainement des comptes à nous rendre. Mais ne restons pas les bras croisés. Rien ne se passera si IBK reste seul. Nous devons rester vigilants et par notre critique constructive l’aider à baliser l’avenir. Son échec sera grave de conséquences pour nous tous.
Sur les cendres encore fumantes du présent, faisons germer le Mali nouveau, celui de nos espérances !
Pour rebondir, il nous faudra enfin et surtout renouer avec les valeurs culturelles saines de notre histoire. Il nous faut interroger nos racines et y trouver les sources d’inspiration nécessaires au renouveau du Mali. Nous pouvons être une école pour l’Afrique et au-delà si nous osons déployer de manière critique le génie créateur de nos peuples. Nous devons pour ce faire mettre l’Ethique et l’Humain au coeur de notre vision stratégique.
Le sage africain Ki Zerbo aimait dire : « il ne faut pas dormir sur la natte des autres car c’est comme dormir par terre. »
Pr Issa N’DIAYE
Aout 2013
Bamako Mali

jeudi 6 juin 2013

Pour une Sortie durable de la Crise Sociale globale et Sécuritaire Interpellation du Gouvernement du Mali


Réseau pour la Citoyenneté : Branche du Mali                                                                                    Pour une Sortie durable de la Crise Sociale globale et Sécuritaire                                        
Interpellation du Gouvernement du Mali                                                                     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé et raison de l’Interpellation

Partant des études et réflexions stratégiques du Centre Senè d’études stratégiques sur le co-entrepreneuriat de Niang & Associates et du Groupe de réflexion stratégique, de communication et de facilitation sur le JOKO et le MAAYA (Comportement et Humanisme), le Réseau National pour la Citoyenneté décide d’interpeller Monsieur le Premier Ministre du Mali en conformité avec l’Article 20 du Titre III relatif à la Responsabilité du Gouvernement en Matière de Défense de la Loi No 04-051 du 23 novembre 2004 portant Organisation Générale de la Défense Nationale. Cette Loi doit s’appliquer afin de mobiliser les ressources intellectuelles propres pour le Plan de Sortie durable de la Crise Sociale globale et Sécuritaire (PSCSGS) et d’exécuter sur ressources financières propres le Programme Spécial axé sur la Vision de la Prospérité partagée dans la Stabilité, la Paix et la Sécurité (PSV2PS) et le Programme de Réinsertion et d’Insertion Sociale et Culturelle (PRISC).

Le Plan et les Programmes permettent la relance de la croissance économique globale au Mali, ailleurs en Afrique et dans le monde avec sécurité alimentaire, sécurité nutritionnelle et développement durable. La Crise Sociale globale et Sécuritaire est une Opportunité pour faire du Mali et de  l’Afrique, un État et une Union d’États, plus responsables, comptables et capable de répondre à la demande du citoyen pour la dignité retrouvée, la grandeur de la société restaurée et la relance de la croissance économique globale selon la Vision de la Prospérité partagée dans la Stabilité, la Paix et la Sécurité.
 
La relance de la croissance économique globale se planifie au-delà de la Pauvreté de la Culture et de la Culture de la Pauvreté avec l’émergence de co-entreprises économiques africaines selon la Norme 4S Co-Entreprise économique et sécuritaire et le Standard S2 du Seuil de Sécurité économique et sociale. La relance se ferait avec très peu de risque de rebellions armées et sécessionnistes, d’attaques contre les 4S (la sécurité économique, la sécurité financière, la sécurité du capital et la sécurité humaine et sociale), la pire forme d’extrémisme violent, et de guerre de richesse. En cas de menaces et d’attaques contre les 4S comme à In Amenas (Algérie, le site gazier) ou Arlit (Niger site uranifère d’AREVA) ou le 11 septembre aux États-Unis, l’entreprise multinationale sécuritaire africaine pour la lutte contre l’extrémisme violent, notamment la Branche Saharienne, la Co-Entreprise Sécuritaire du Sahara (COESS) basée à Tessalit, localité géostratégique dans le Sahara malien, sera immédiatement en action.     
Pour plus de détail, prière consulter le Plan de Sortie durable de la Crise Sociale globale et Sécuritaire et la Lettre d’Interpellation et contacter le Groupe JOKO ni MAAYA : seyitra@gmail.com, abdoulaye@niangfoundation.org idrissatoure3@gmail.com tel (223) 66783252/73404636/66701211.

« Si on te lave le dos, il faut savoir te laver le ventre». La Responsabilité du Gouvernement est évoquée sous la Loi 04-051 du 24 novembre portant Organisations Générales de la Défense Nationale pour le lavage du ventre.

 

Nous, signataires du Réseau National pour la Citoyenneté, interpellons notamment le Chef du Gouvernement d’agir maintenant sans perte de temps conformément à la Loi 04-051 du 23 novembre 2004 portant Organisation Générale de la Défense Nationale pour un Plan de Sortie durable de la Crise Sociale globale et Sécuritaire (PSCSS).
Conformement à l’adage qui dit : « si on te lave le dos, il faut savoir te laver le ventre », le Réseau interpelle également les maliens à s’engager collectivement et résolument dans le lavage du « ventre » du Mali en appliquant le Plan de Sortie durable de la Crise Sociale globale et Sécuritaire au Mali. Le Plan de Sortie durable permet « le lavage du ventre » tandis que le Plan pour la Relance Durable du Mali (PRED), adopté le 15 mai sous la co-présidence du Président de la France et de la Commission de l’Union Européenne, est pour « le lavage du dos».

Nom

Signature

Adresse

Commentaires

Date

El Hadj Abdoulaye Niang, Ph.D.(retraité)
Président du Centre Senè d’études stratégiques sur le Co-Entrepreneuriat
Bamako, Mali BP E 605 tel. 73403636 abdoulaye@niangfoundation.org
Agissons maintenant afin d’éviter le chaos.
 Co-auteur du Plan de Sortie et Président du Groupe JOKO ni MAAYA
5 mai 2013
El Hadj Seydou Idrissa TRAORÉ Agronome-MBA (retraité)
Président  Association JOKO ni MAAYA et Président Association. Tiramakan Si du Mali
Bamako BP 1976, Tel 223 -66 78 32 52    
Co-auteur du Plan de Sortie.             Le Mali a besoin de la lumière de tous ses enfants, dans des débats contradictoires, pour bâtir un avenir radieux, dans un Mali responsable, comptable et capable
5 mai 2013
Salif KANOUTE Ingénieur Eaux et Forêts (retraite)
Membre de JOKO ni MAAYA VP charge des Operations
Bamako BP E 605 Tel 66761606
Salifkanoute12@gmail.com

5 mai 2013
Adama Traoré
Administration et Finance JOKO ni MAAYA



ASSADEK
Aboubacrine
Bamako BP E 3206 +22376434964
assadekab@yahoo.fr
Au-delà des justifications sécuritaires ou humanitaires se cachent derrière l’intervention française au Mali de grands enjeux géopolitiques avant même d’être économiques ou énergétiques.
6 mai 2013





















































































































lundi 27 mai 2013

REPENSER L'ARMEE MALIENNE;

Bonjour à tous,
je vous avais parlé d'un document que je rédigeais sur la reforme de l'AMA -- il n'est malheureusement pas encore terminé à cause des contraintes professionnelles -- il y a encore plusieurs points qui n'ont pas été développés; l'agencement des chapitres n'est pas encore finalisé; et il y a beaucoup de fautes dans le texte. Le thème traite de la réorganisation de l'AMA: quel genre d'armée il faut pour le Mali.

Le texte est assez long et il est divisé en 4-5 sections
1 - Comment l'AMA est organisée aujourd'hui?
2 - Quels sont les défis sécuritaires du Mali (passés et présents)?
3 - Quelles sont les contraintes dans lesquelles l'AMA opère aujourd'hui?
4 - Quel type d'armée faudrait-il?

Ces parties sont à differentes étapes de finition, mais je voulais partager avec vous le (petit) progrès réalisé. La grande conclusion que je tire personnellement de ce travail (encore inachevé) est que les Maliens doivent être plus informés (et impliqués) dans la gestion de l'AMA. Ses dirigeants et les politiciens l'ont laissé pourrir en nous faisant tous croire que tout était au beau-fixe. 

Vos commentaires et suggestions sont les bienvenus.
 
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A. Karim Sylla



Repenser L’Armée Malienne
A. Karim Sylla, Atlanta, Géorgie, USA


Le sujet de la reforme de l’armée malienne est récurrent ; depuis plusieurs années ses insuffisances étaient apparentes. Le toilettage qui a été apporté dans les années 2000 a porté très peu de fruits. Les difficultés de l’armée en janvier-mars 2012, suivies de sa déroute totale en fin mars 2012 lorsqu’elle a simplement abandonné 60% du territoire malien à un consortium de djihadistes d’Al Qaeda et de rebelles Touareg. Les causes profondes de cette déroute ont fait l’objet de diverses analyses ; elles ont pour racines le manque d’organisation et de moyens matériel, l’inadéquation et la vétusté de l’armement, le mode recrutement et de formation, ainsi que l’indiscipline des troupes. Après mars 2012, le gros des troupes fut regroupé à Sévaré dans la région de Mopti (voir la carte ci-dessous) pour servir de force tampon entre le nord aux mains des djihadistes et leurs alliés, et le sud en proie à des règlements de comptes politiques et militaires. Entre mars et décembre 2012, Sévaré a regroupé ceux qui allaient faire la reconquête du nord, avec l’appui de troupes étrangères africaines ainsi qu’un apport logistique et une formation de troupes par l’Union Européenne. Mais déjà des rumeurs incessantes sur l’impréparation de ces troupes ne cessaient de circuler.
 
L’attaque des djihadistes sur Konna en Janvier 2013 a révélé au grand public que l’état de l’armée avait peu changé depuis la déroute de Mars 2012. Dans les discours politiques et militaires, on ne parle plus de « reforme » de l’armée, mais plutôt de « refonte » totale. En l’espace de quelques jours, il ne s’agissait plus d’améliorer mais de faire renaître.
 
En Février 2013, un accord a été passé avec l’Union Européenne pour la formation de recrues dans un premier temps, la mise à niveau du reste de l’armée – 8000 soldats – au fur et à mesure du temps, et la réorganisation de l’armée entière. Il est clair que cette refonte sera difficile à cause de la guerre qui continue, mais surtout en l’absence d’une réponse claire à la question que beaucoup se posent au sein même de l’armée : Quel genre d’armée faut-il au Mali ?
 
C’est à cette question que nous tentons de répondre. Pendant les derniers mois de 2012, l’Etat-Major des armées travaillait sur une loi de programmation militaire qui était censé définir les capacités militaires nécessaires pour assurer la sécurité et la défense du territoire national – définition des objectifs et des besoins en équipements, recrutement et moyens matériels, entre autres ; le président Dioncounda Traoré l’a annoncé publiquement lors de son discours du 20 Janvier 2013. Pour ce faire, il faudra (1) répertorier les problèmes de sécurité auxquels le Mali est confronté, (2) définir les contraintes et lacunes qui existent et (3) présenter un choix adéquat aux Maliens et aux représentants du peuple qui auront la lourde tâche d’engager le pays (et son armée) sur une nouvelle base. Ce travail ne sera pas aussi complet que l’exercice auquel se livre l’état-major de l’armée, mais pourra peut-être servir à stimuler un débat au sein de la société civile sur les choix qui attendent le Mali.
 

1        Organisation et Effectifs des Forces Armées et de Sécurité

Les forces armées et de sécurité sont divisées en plusieurs branches dont les actions sont coordonnées par deux  ministères : celui de la défense (ministère de la défense et des anciens combattants) et celui de la sécurité intérieure (ministère de la sécurité intérieure et de la protection civile).
 
Tableau 1 – Effectif des forces armées et de sécurité
Branche
Effectif[1]
Service
Armée de terre8000Défense
Armée de l'air400Défense
Gendarmerie1800Sécurité & Défense
Garde Nationale2000Sécurité & Défense
Police Nationale7000Sécurité
 
Le tableau ci-dessus donne un aperçu des effectifs des différentes composantes des forces de défense et de sécurité ; elle sont divisées en 5 branches ; armée de terre, armée de l’air, garde nationale, gendarmerie nationale et la police nationale.
 
Le rôle principal de l’armée de terre est de préserver l’intégrité du territoire national et participer à la défense du pays contre les agressions extérieures ; en cas de besoin, elle participe également à la sûreté publique et au maintien de l’ordre en assistance aux forces de maintien de l’ordre. Elle peut être amené à participer aux missions internationales et sous-régionales.  L’intégrité de l’espace aérien est assurée par l’armée de l’air ; elle participe concomitamment avec les autres forces à la défense du territoire nationale ;  elle apporte également son assistance aux missions humanitaires et participe à la recherche et au sauvetage d’aéronefs en détresse.
 
La garde nationale et la gendarmerie sont deux corps qui dépendent à la fois du ministère de la défense et à celui de la sécurité. La garde nationale apporte son concours pour la défense du pays quand elle est sollicitée ; ses autres attributions sont d’assurer la sécurité des institutions de la république et des autorités politiques et administratives, de  concourir au maintien de l’ordre et à la sureté publique, et d’assurer la surveillance des frontières.  La gendarmerie est un corps militaire qui assure un rôle de police administrative et judiciaire (civile et militaire) ; ses attributs consistent aussi à veiller à la sûreté publique et au maintien de l’ordre.
 
La police nationale a un rôle purement sécuritaire ; elle assure le maintien de l’ordre et apporte son concours à l’application des lois et règlements. Elle a également un rôle de renseignement et participe à la sécurisation des frontières aériennes et terrestres.
 

2        Les Problèmes de Sécurité au Mali depuis 1960

Après l’indépendance du Mali en 1960, le pays a été confronté à plusieurs conflits intérieurs et extérieurs. Avec la prise du pouvoir par les militaires en 1968, l’armée s’était installée au centre du pouvoir politique ; l’armée et l’état ne faisaient qu’un. Ce n’était certes pas une situation unique en Afrique, mais le Mali a été très tôt confronté à des problèmes de sécurité ; ce qui suit est un résumé historique de ces conflits et les risques résiduels qu’ils continuent à poser pour la sécurité du pays.
 

2.1      Rébellions au Nord

Les rebellions dans la partie nord du Mali se ressemblent et sont aussi différentes ; on peut même parler d’un unique conflit qui dure depuis 1960 et qui s’embrase de temps à autres. Les causes et les effets de ces embrasements sont multiples, mais contribuèrent à complètement militariser l’administration de cette partie nord du Mali : Rébellion de 1962-64, celle de 1990-95, celle de 2006-09 et la dernière débutée en 2012. Le Commandant Amidou Mariko dans son ouvrage « Mémoires d’un crocodile[2] » disait ceci :
 
« Oui, il s’est passé des choses terribles pendant cette révolte… Je suis tombé dans une embuscade, j’ai participé à des accrochages, j’ai vu tomber des gens à mes côtés. J’ai appris à cette époque ce qu’était la guerre, et combien elle n’est pas belle. La guerre n’est jamais une bonne chose, mais celle-ci était en plus d’un genre particulier, le pire. Car il ne s’agissait pas d’un conflit entre deux armées, en plein jour, mais d’une guérilla, d’un tourbillon de coups de mains, d’attaques obscures, de répressions souvent aveugles. Dans ce type d’opération, on ne sait même pas où est l’ennemi, on finit par se méfier de tout le monde car n’importe qui peut aider et soutenir la rébellion sans qu’on le sache, déserter du jour au lendemain alors qu’on a donné sa confiance, et l’ami d’hier peut devenir sans crier gare l’ennemi du lendemain. Inversement, comme tous ceux que l’on rencontre peuvent constituer une menace, on se retourne souvent contre des gens dont on a peur, alors qu’ils sont parfaitement innocents. On cherche à comprendre par tous les moyens ce qui se passe, à obtenir des renseignements, et ces moyens se retournent contre vous parce qu’ils vous font perdre votre honneur. Alors, même battu, l’ennemi devient victorieux, parce que vous avec perdu votre âme. »
 
Ce passage résume le cycle de violence de ces rebellions vues de côté de l’armée. Mariko décrivait la rébellion de 1962 qui se limitait à l’Adrar ; mais ce texte pourrait s’appliquer à toutes les autres rébellions au Nord. En Août 1964, le gouvernement malien publia un communiqué de victoire. L’armée s’était finalement imposée, mais a creusé un fossé énorme avec les populations nomades de l’Adrar. L’armée avait crée une zone d’exception où aucune personne n’était sauve et où tout bétail était abattu sur le champ. Les puits échappant au contrôle militaire furent systématiquement bouchés ou piégés causant beaucoup de morts ; dans cette région où l’eau est rare et rien ne pousse la désolation fût totale. Aux amalgames et confusions fatales, il fallait aussi ajouter les tortures et aussi les exécutions sommaires auxquelles les parents des victimes devaient assister et même applaudir. Les rebelles étaient tout aussi féroces ; mais les vraies victimes étaient la population civile qui n’aspirait qu’à une vie paisible.
 
La période d’accalmie pendant les années 70 et 80 a été encore plus dure pour les populations au nord ; le Sahel est en proie à des périodes de sécheresse (voir plus bas) et cela conduit à un exode massif de maliens. Les populations du nord s’exilent au Niger, Burkina Faso, Algérie, mais aussi en Libye où des jeunes touareg s’engagent dans la légion de mercenaires créée par Mouammar Kadhafi, le guide Libyen. Cette légion étrangère qui comprend des Maliens, Nigériens, Soudanais, Tchadiens, Pakistanais et ressortissants de plusieurs pays arabes a des effectifs de 6000 à 7000 soldats[3]. Ils combattent  au Tchad, en Ouganda et au Proche-Orient ; des Touareg ont même combattu auprès des palestiniens lors du siège de Beyrouth (Liban) par l’armée Israélienne.
 
En 1987, après sa défaite au Tchad, Kadhafi dissout la légion ; plusieurs de ses membres maintenant désœuvrés retournent dans leur pays respectifs. C’est à ce moment que Iyad Ag Ghaly crée le MPA, ou Mouvement Populaire de l’Azawad. Un début de déstabilisation s’annonce pour le Mali (et le Niger). Le 29 Juin 1990, Iyad Ag Ghaly lance une attaque contre la ville de Ménaka – le plan initial était d’attaquer simultanément les postes militaires d’Abeybara, Tessalit, Tin Essako, et Tinzawatène, et avec les armes et véhicules récupérés lancer un assaut sur Kidal avec une centaine de combattants. Ce conflit dure jusqu’en 1995, avec des périodes d’accalmie précédées de signatures d’accords et/ou pactes. L’armée intègre alors en son sein plusieurs anciens rebelles.
 
En 2006, puis de 2007 à 2009, une autre rébellion voit le jour ; elle est dirigée par les « intégrés » de l’armée. Après la chute de Kadhafi en 2011, une nouvelle rébellion – cette fois-ci ouvertement sécessionniste – voit le jour : elle est dirigée par d’anciens soldats de Kadhafi revenus de Libye et des soldats de l’armée malienne originaire du nord. Elle s’associe aux djihadistes d’Al Qaeda et arrive à bouter l’armée malienne hors des 3 régions du nord (Gao, Kidal et Tombouctou) ainsi qu’une partie de la région de Mopti.
 
Ces rebellions posent une problème existentiel au Mali et les revendications des groupes armées – constitués pour la plupart des même individus depuis 20 ans – se font plus pressants et méritent une attention particulière.
 

2.2      Insécurité Alimentaire et Famine

Les pays du Sahel font face à une sécheresse persistante et l’avancée du désert vers le sud. Les déficits pluviométriques conduisent à des déficits céréaliers et l’absence de pâturage. La conséquence immédiate est la famine et la perte du cheptel. L’élevage étant pratiqué par transhumance, il en découle bien souvent des conflits intercommunautaires – agriculteurs d’un côté et éleveurs de l’autre.
 
Entre 1970 et 1974, une sécheresse s’est abattue sur le Mali (et tout le Sahel ; une sécheresse aigue surtout dans les régions du Nord, mais aussi dans la région de Kayes, décime le cheptel sur lequel repose tout le mode de vie des régions septentrionales. Selon certaines estimations il y aurait eu près de 100 000 morts au Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso et Mauritanie réunis) et plus de 2 millions de nomades déplacés par la famine[4].
 
Une décennie plus tard, une autre sécheresse afflige encore le sahel, culminant en 1984 – cette fois encore les populations nomades du Sahel sont particulièrement affectées. Les rapports[5] du Bureau du Coordonnateur des Nations Unies pour les secours humanitaires (UNDRO) étaient particulièrement alarmants – plus d’1 million de sinistrés et presque 90 000 déplacés autour des principales villes du nord du Mali. Un rapport de fin novembre 1984 disait ceci :
 
Rapport de Situation No. 6
29 Novembre 1984
Mission délégué UNDRO à Gao, Ménaka, Gossi, Tombouctou et Mopti – 16 au 23 novembre
(a) Région Gao - compte plus de 400.000 personnes touchées par la sécheresse, (25 pour cent population totale). Besoins mensuels d'aide d'urgence estimés à 4.000 tonnes dont 3.000 tonnes pour distribution gratuite et dans quelques mois 6.000 tonnes dont 4.000 pour distribution gratuite. Le regroupement autour de Gao d'environ 15.000 personnes sans aucune ressource devient inquiétant. Elles ne reçoivent pratiquement pas d'assistance. La rougeole dans ces campements provoque des décès.
(b) Région Mopti - aucune récolte riziculture - situation grave 500.000 personnes touchées. Population regroupée autour de la ville est estimée à 72.000 personnes et autour de Gossi à 10.000.
(c) Région Tombouctou - 170.000 personnes sont considérées sinistrées - peu de population regroupée autour des villes.
 
La sécheresse de 1984 a eu un effet dévastateur ; les éleveurs nomades qui avaient à peine reconstitué leur troupeau (ou en voie de le faire) se sont retrouvés sans rien. Ceux qui avaient été épargnés dans les années 70 grossiront le camp des victimes. Le cheptel avait de nouveau été décimé. Des hameaux entiers se sont retrouvés dans les villes ou sur des sites de distribution de vivres.
 
Ces famines à répétition et l’inhabilité de l’état central à s’y préparer adéquatement sans l’aide de la communauté internationale constituent aujourd’hui encore un grave danger sécuritaire pour le Mali et menacent de fait l’autorité de l’état.
 

2.3      L’armée contre les populations

L’armée est issue du peuple et le soutien des populations à l’armée – et aux forces de sécurité en général – est nécessaire pour qu’elle maintienne son efficacité et la cohésion entre les populations. Plus haut nous avons évoqué les exactions contre les populations nomades de l’Adrar au cours des années 1963-64 ; ces excès n’étaient pas les premiers abus commis par l’armée malienne.
 
Dans son ouvrage « Ma vie de soldat[6] », le capitaine Soungalo Samaké, qui devint par la suite commandant du régiment des parachutistes (et supérieur du celui qui deviendra le président ATT), relate une histoire qui s’est passée en 1962 et qui caractérise le rôle souvent destructeur que l’AMA a joué depuis 1960. Un habitant de Djikoroni coupa l’oreille d’un parachutiste qu’il accusait d’avoir entretenu des relations avec sa femme ; le lendemain, les parachutistes déferlent sur le quartier pour se faire justice en visitant les maisons du quartier à tour de rôle; voici le récit de Samaké (page 53) :
 
« Quand ils entraient dans une concession, ils prenaient le mari, le frappaient, l’attachaient, et violaient sa femme et ses filles. Ils ont continué ainsi dans tout le quartier. Comme c’est à cause d’une femme qu’on a coupé l’oreille d’un soldat, pour eux il fallait violer toutes les femmes du quartier, jeunes comme vielles, mariées ou non, sans aucune exception. Ils n’y voyaient aucun problème. »
 
Pour seule punition, ils sont sommés de reconstruire le marché du quartier, auquel dans leur furie ils avaient mit feu. Samaké (alors sous-officier) et le commandant des parachutistes le capitaine Amara Danfaga (qui deviendra général dans les années 80) ne reçurent aucune punition.
 
La tragédie la plus connue et documentée est la tuerie sauvage de 300 manifestants en mars 1991; l’armée utilise des mitrailleuses et des grenades offensives contre des manifestants désarmés. Des officiers généraux – dont Moussa Traoré, chef de l’Etat au moment des faits – ont été condamnés dans cette affaire, mais aucun des officiers, sous-officiers ou soldats ayant participé à la tuerie n’ont été inquiétés. D’autres exactions, moins bien documentées, ont été mise au compte de l’armée au nord du Mali durant les rebellions ; et malheureusement continuent à ce jour : enlèvements et exécutions sommaires. Ces faits creusent un abîme entre les populations et l’armée et contribuent à créer une situation de crise permanente. L’armée ne peut être un corps étranger et haïe par les populations qu’elle est sensée protéger.
 
 

2.4      Conflits frontaliers

Les frontières des pays africains résultent directement de la Conférence de Berlin en février 1885. Pour le Mali (ex-Soudan français) il s’agit plutôt de tracées effectuées par l’administration coloniale française. Reconnaissant les problèmes inhérents à des tracés artificiels l’Afrique adopta dès 1963 le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation ; Modibo Keita disait en 1963 à la tribune de l’OUA :
 
« L’unité africaine exige de chacun de nous le respect intégral de l’héritage que nous avons reçu du système colonial, c’est-à-dire le maintien des frontières actuelles de nos Etats respectifs. […] Je me permet de vous citer un exemple : si nous voulons que nos nations soient des entités ethniques parlant la même langue, ayant la même psychologie, eh bien ! on ne trouvera en Afrique aucune véritable nation. La République du Mali est constituée d’une dizaine de races qui ont transcendé leurs différentiations ethniques et tribales pour constituer aujourd’hui la République du Mali, mais est-ce que nous n’avons pas des Songhais qui, par le fait de grands mouvements humains, se sont trouvés au Niger et ailleurs, est-ce que nous n’avons pas des Fulbés de toutes couleurs qui, par le processus de développement de la société se sont retrouvés en Guinée, dans le nord du Cameroun ou en Nigéria ? Eh bien ! s’il fallait partant de la définition de la nation, exiger que la République du Mali soit constituée essentiellement ou de Mandières ou de Fulbés, ou de Songhais, eh bien ! nous aurions des problèmes, et beaucoup de problèmes avec nous voisins. »  
 
Ces déclarations supposaient que des frontières réelles existaient – si elles existaient sur papier, la réalité était toute autre sur le terrain. Après le découpage initial, l’administration coloniale procédaient souvent à des rectifications de frontière pour prendre en compte les réalités du terrain ou sur décisions émanant de la métropole.
 
Après son indépendance, le Mali entra en conflit avec le Burkina Faso à deux reprises ; en 1974 et 1985. La colonie de la Haute-Volta (présentement Burkina Faso) avait été dissoute par l’administration coloniale en 1932 et démembrée entre les colonies de Côte d’Ivoire, du Soudan et du Niger.  Le Soudan hérita des cercles d’Ouahigouya et Dédougou. En 1947, le territoire de Haute-Volta fut à nouveau reconstitué. Cette révision constitua la racine du différend[7] sur une bande longue de 150 km.
 
Si le conflit de novembre 1974 se limite à des simples accrochages, celui de décembre 1985 prend des allures de guerre. Les armées des deux côtés de la frontière sont entièrement mobilisées. Le Mali, du fait de son armement plus moderne et d’une meilleure préparation, prend le dessus très rapidement ; les bombardements des artilleurs maliens font la différence. Une trêve fut signée après 6 jours de combat mais le bilan humain est élevé – une quarantaine de morts côté malien et 3 fois plus côté Burkinabé. Les deux pays se soumettent au tribunal de La Haye qui tranche un an plus tard. Les deux pays procèdent alors au bornage de leur frontière commune ; la coulée de béton de la dernière borne fut effectuée en Janvier 2010. 
 
Deux frontières continuent à être des sources de tension : celle partagée avec la Mauritanie et la frontière guinéenne. Dans les années 70, un conflit entre populations avait fait plus de 90 morts de part et d’autre de la frontière Mali-Mauritanie. En 2007, les autorités mauritaniennes interdisent l'accès à des champs et pâturages aux populations du cercle de Yélimané (Kayes) ; malgré le fait que ces zones soient censés être du coté malien de la frontière. La même année un différend similaire éclate à la frontière Guinéenne dans le cercle de Yanfolila (Sikasso); cette fois-ci, des villageois Guinéens étaient accusés de cultiver (et s'approprier) des terres du coté malien de la frontière. 
 
Ces différends frontaliers ne s’apaiseront que quand il y aura un bornage effectif des frontières ; entre-temps des risques sérieux de dérapage existent. Seules les frontières avec le Burkina Faso et l’Algérie sont bornées. Si en 1985 le Mali et le Burkina Faso n’ont pas su éviter la guerre comme en 1974, c’était surtout parce que des problèmes envenimaient déjà les relations entre les deux pays. Il n’est pas exclu qu’un cas similaire se reproduise avec la Mauritanie, qui diplomatiquement est à froid avec les autorités maliennes.
 
 

2.5      Le Terrorisme International

Les combattants d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) avaient élu domicile au nord du Mali dans les montagnes de l'Adrar. AQMI est une émanation de plusieurs décennies de militantisme islamiste en Algérie. En 1998, le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) rompt avec le Groupe Islamique Armé (GIA) et son objectif historique visant à renverser l'Etat algérien ; il s’engage vers l'idéologie du djihadisme international. En 2006, le GSPC s'affilie officiellement à al-Qaïda et devient Al-Qaïda au Maghreb Islamique. Utilisant le Mali comme base arrière, il lance plusieurs attaques en Algérie, comme par exemple celle perpétrée contre l'immeuble de l'ONU à Alger.
 
Au fil du temps, AQMI renforce sa présence au Sahara – et plus particulièrement au Mali – à la faveur d'importants moyens financiers générés par la contrebande et le paiement de rançons d’Occidentaux kidnappés.
 
En Février 2013, les forces françaises ont bombardé les combattants d'AQMI dans plusieurs localités de l'Adrar et avec les troupes tchadiennes ont ratissé et « nettoyé » la région; la principale base d'AQMI dans la vallée de l'Amettatai a été détruite. AQMI aurait perdu une grande partie de ses combattants ; une autre partie a simplement déménagé vers d’autres cieux – des présences ont été notamment signalées en Algérie, en Libye mais aussi au Soudan.
 
Il n'en demeure pas moins que ce groupe et ses affiliés (ou d’autres) pourront à terme se reconstituer et poser un danger dans cette région naturellement difficile à contrôler. 
 

2.6      Conflits Intra-Etats et Régionaux

Plusieurs états voisins du Mali (ou dans la proximité immédiate) sont instables politiquement et/ou socialement. Le conflit au nord Mali qui a débuté à la fin 2011 est une conséquence directe de la chute du régime Libyen de Kadhafi, ou tout du moins un catalyseur important. A ce jour, la Libye ne dispose pas d’un système étatique stable ; le rôle dévolu à ses forces de sécurité est sous-traité à des milices tribales qui font la loi dans leurs villes ou régions. Dans une résolution adoptée à l’unanimité en Mars 2013, le Conseil de Sécurité de l’ONU déclarait être « préoccupés par la prolifération illicite dans la région d'armes et de matériel connexe de tout type provenant de Libye, en particulier d'armes lourdes […] et de missiles sol-air portables ». On estime à plusieurs milliers le nombre de missiles portables SAM-7 qui ont disparu de l’arsenal Libyen ainsi que des armes lourdes de type GRAD qui ont d’ailleurs été utilisées par les djihadistes au Mali.
 
Comme le Mali, le Niger, la Mauritanie, l’Algérie, la Libye et le Tchad ont la particularité d’être très vaste et très peu peuplé – surtout dans leurs zones désertiques qui couvrent 60 à 80% de ces pays. Si théoriquement la souveraineté de ces pays sur ces vastes étendues désertiques est reconnue, dans les faits ces zones échappent partiellement (ou totalement) au contrôle des états. Ils n’ont ni les moyens humains ni matériels à faire prévaloir la suprématie du pouvoir central, permettant à des groupes locaux de s’affirmer politiquement ou militairement. Dans cette liste, l’Algérie est peut-être l’exception à la règle à cause des moyens financiers dont elle dispose ; mais l’histoire récente prouve que la porosité des frontières s’applique à elle aussi. Dans le Sahara, le transvasement des conflits n’est pas seulement une possibilité, mais une réalité.
 
A ces problèmes de sécurité régionaux, il faut ajouter les crises sociaux-politiques qui, même si contenues à l’intérieur des frontières des pays voisins, peuvent donner lieu à des poussées externes. La Côte d’Ivoire, par exemple, a connu une crise politique et une guerre civile qui ont duré une décennie. L’élection présidentielle qui devait mettre fin au conflit a dégénéré en guerre ouverte. Un autre exemple est la Guinée ; les dernières élections présidentielles se sont tenues dans un climat tendu mettant en jeu la cohésion sociale et exacerbant les tensions ethniques du pays. En Mauritanie couve également un conflit ethnique entre la majorité maure (noire et blanche) d’un côté et les populations soninké, wolof et peule de l’autre.
 
Ces fragilités politiques posent un risque indéniable pour les pays concernés, mais aussi pour leurs voisins, dont le Mali. Ce risque peut se traduire par l’afflux massif de refugiés dans les zones frontalières et exacerber les difficultés locales mais aussi par l’apparition de groupes armées sur le territoire malien.
 

3        Les Contraintes Sécuritaires

Les problèmes sécuritaires et défis exposés plus haut sont imposants; ils sont malheureusement amplifiés par d’énormes contraintes dues à la géographie du territoire et à l’insuffisance des moyens budgétaires, mais aussi au manque d’organisation et de leadership qui traversent l’armée depuis au moins deux décennies.
 

3.1      L’Etendue du Territoire

Le territoire du Mali s’étend sur 1.240.000 Km2 avec une très faible densité de population – surtout dans sa zone saharienne qui s’étale entre les latitudes 15 et 25 degré Nord. Pour relier l’extrême sud (frontière Mali-Burkina Faso-Côte d’Ivoire) à l’extrême nord (frontière Mali-Mauritanie-Algérie), il faut parcourir 1840 km par avion ; entre Kayes et Tessalit, il faut 2330 km par route. Le Tableau 2 montre les distances entre certaines localités du pays.
 
Tableau 2 - Quelques Distances au Mali (en km)
OrigineDestinationVoie aérienneVoie routière
BamakoKidal12601540
BamakoGao9501200
KayesTessalit15302330
TombouctouGao330420
GaoKidal340360
TessalitSikasso12301550
Extrême Nord (frontière Mali-Mauritanie-Algérie)Extrême Sud (frontière Mali-Burkina-Côte d’Ivoire)1620 
Extrême Ouest (frontière Mali-Sénégal-Guinée)Extrême Est (frontière Mali-Niger-Algérie)1840 
 
A part les principaux axes de transport, les déplacements par route sont très lents. Un chemin de fer assure le transport de la frontière sénégalaise à Bamako en passant par Kayes. Le Mali partage plus de 7400 km de frontières avec ses voisins ; la plus longue s’étale sur 2140 km de désert avec la Mauritanie et  la plus courte sur 362 km avec le Sénégal.
 
Tableau 3 - Longueur des frontières maliennes (en km)[8]
PaysFrontière (km)
Algérie1300
Burkina Faso1280
Côte d’Ivoire532
Guinée Conakry906
Mauritanie2140
Niger900
Sénégal362
Total7420
 
2/3 du pays se trouvent dans une zone semi-aride ou aride, avec de grandes étendues sans ou presque sans végétation et hostile au déploiement en masse à cause des difficultés à faire suivre la logistique. Il va sans dire que la protection d’un si grand espace demande beaucoup de moyens.
 

3.2      Les Faibles Moyens Financiers

Quels sont les moyens mis à la disposition des forces armées du Mali. Le budget 2013 de la défense nationale et sécurité a été porté à 149,17 milliards de FCFA contre 108,7 milliards de FCFA en 2012. Cette augmentation de plus de 40 milliards est pour soutenir l’effort de guerre contre les djihadistes et les séparatistes et équiper les troupes. Le budget 2013 sans la dotation spéciale est de 108,15 milliards. Le Tableau 4 montre sa répartition en lignes de dépense.
 
Tableau 4 - Budget Défense & Sécurité[9] (milliers de FCFA)
 
Défense Nationale
Sécurité Intérieure
Total Défense & Sécurité
Personnel
46.455.613
20.810.828
67.266.441
Fonctionnement
22.854.345
6.675.485
29.529.830
Equipement & Investissement
6.416.575
4.650.000
11.066.575
Transfert Courant
288.245
 
288.245
Total
76.014.778
32.136.313
108.151.091
 
 
Les graphiques ci-dessous expliquent la répartition de ce budget.
 
 
Text Box: Source: Ministère de l’Economie, des Finances et du Budget; Budget 2013
 
Il devient très vite apparent que les salaires et autres émoluments de la troupe représentent la part belle du budget de la défense ; 62.2% comparé à 29.5% pour toute la fonction publique. Ce chiffre apparaît également démesuré lorsqu’il est comparé à celui d’autres pays. Le graphique ci-dessous montre la part des salaires dans le budget militaire des USA et celui de la France – respectivement à 26.7% et 46.6%.
 
Text Box: Source: Département de la Défense (USA), Ministère Français de la Défense
 
Avec la dotation extraordinaire – qui ramène le budget à 149.17 milliards FCFA – le ratio du personnel devient 45% ; sensiblement inférieur à celui du budget militaire Français, mais toujours plus élevé que la moyenne du budget national.
 
Cette comparaison avec ces autres armées n’est pas très juste ; les USA et la France (à une moindre mesure) ont des forces armées qui se projettent loin de leur pays et cela demande beaucoup d’investissements matériels ; ces armées opèrent également avec du matériel très couteux ;  tout cela contribue à réduire de fait le ratio des salaires par rapport aux dépenses de leurs armées. Mais la comparaison traduit dans une certaine mesure la problématique de l’AMA.
 
L’AMA semble exister seulement pour payer des salaires – rien de plus. Le budget total d’investissement de l’ensemble des forces est de d’environ 11 milliards. L’opération Serval conduite par les forces françaises a prouvé que l’armement et les méthodes nouvelles peuvent faire la différence sur le théâtre des opérations.
 
Combien coûte une armée moderne ? Sans répondre directement à cette question, nous donnons ci-dessous des éléments pour faciliter ce travail.
 
Dans l’armée américaine le coût moyen de formation d'une nouvelle recrue du centre de recrutement jusqu'au premier lieu d'affectation varie entre USD $54.000 et $73.000[10] (entre 27 et 37 millions FCFA) ; à cela il faut ajouter le coût de la spécialisation – par exemple la formation d’un artilleur est plus onéreuse que celle d’un soldat d’infanterie. Pour les forces spéciales de la marine – US Navy Seal – le coût de la formation peut atteindre jusqu’à USD $500.000[11] (ou 250 millions de FCFA).
 
Dans le Tableau 5, nous donnons des coûts approximatifs de certaines armes de guerre. Ces coûts ont été déterminés sur la base de contrats d’armement rendus public – par ex., le prix de l’hélicoptère d’attaque Mil Mi-28 (USD $15 million) a été établit sur la base d’un contrat passé entre la firme russe Rosoboronexport et le gouvernement Kenyan[12]. Nous donnons aussi des fourchettes de prix quand plusieurs contrats existent ; le prix réel dépend en réalité de plusieurs facteurs. Il est clair qu’avec 11 milliards de FCFA, les forces de défense et s
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